« Familles, je vous hais ! »

Mardi 21 Octobre 2014

…écrivait André Gide en 1897 dans une adresse à son héros Nathanaël. L’ombre familiale plane sur la littérature comme un monstre spectral. A l’image de l’Antigone de Jean Anouilh, cette jeune fille « qui veut tout, tout suite et que ce soit entier ou alors elle refuse », et qui, obsédée par la mémoire bafouée de son frère Polynice, ira jusqu’à défier la puissance de son oncle Créon (Réalisation : Etienne Vallès). Des rois aux hommes, il n’y a qu’un pas. Dans Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan raconte l’histoire de sa mère Lucille, et tente de remonter le fil de la tragédie familiale. La réalisatrice, Juliette Heymann, confie avoir mêlé plusieurs voix pour faire naître une fable moderne, à la frontière entre la fiction et le réel. Le dramaturge américain Israël Horovitz interroge lui aussi la mémoire des absents, avec Inconsolable et On ne dit pas de mal des morts (Réalisation : François Christophe). Enfin, Viens de Christophe Honoré et Kéthévane Davrichewy fait le récit d’une rencontre adolescente aux mots doux et salvateurs. Une fuite musicale hors du huis clos familial, accompagnée par Alex Beaupain au piano (Réalisation : Cédric Aussir).

Objet de tragédie, la famille peut aussi faire naître le rire, comme l’illustre La vie trépidante de Brigitte Tornade saison 1 et 2, écrite par Camille Kohler. L’auteur y raconte la vie quotidienne d’une mère de famille débordée au milieu de ses quatre enfants (Réalisation : Cédric Aussir). Tournée en dérision, la famille apparaît alors comme un espace de liberté et de création. Yvan Corbineau, dans Mamie Rôtie, met en scène la figure de sa grand-mère (Réalisation : Jean-Matthieu Zahnd). Une mélancolie certaine, non sans rappeler la fin de la phrase d’André Gide dans Les Nourritures terrestres : « Familles, je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur ».

 

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